La rivière (Springsteen théme)
La rivière roulait sur les galets de granit son eau claire et froide.
Sa rivière…
Il y avait apprit à nager, il y avait lancé ses premiers appâts, posé ses premières mouches, leurres dérisoires de poils ou de plumes qui trompaient si rarement les poissons. Elle l’avait ensorcelé, envouté, dès son enfance.
Et elle était encore là.
Immense la première fois où il avait été en âge de s’approcher d’elle sans la présence paternelle, tendre quand il avait donné son premier baiser , secrète quand elle avait abrité ses peines, ses joies, amante attentive et experte quand pour la première fois une autre femme lui avait offert son corps.
Eternelle.
Symbiose presque parfaite entre eux deux. Eau amicale devenant caressante ou maternelle.
Dans le grand virage, juste après le radier, elle devenait presque noire.
Gouffre à la magie maléfique des profondeurs. Ses pensées de gamin avaient crées mille monstres aquatiques, milles naïades, un panthéon qui tantôt le protégeait, souvent l’effrayait.
A la sortie de celui-ci l’eau éclatait dans le fracas d’une chute à l’écume blanche.
Son Niagara personnel.
Des navires de papier, d’écorce ou de feuille s’y étaient abîmés. Dérisoire cimetière qu’aucune femme de marin ne venait pleurer. Mais parfois, attentive à ses efforts, la mère_rivière recrachait l’esquif qui s’en allait voguer vers son destin.
Son regard parcourut son domaine. Tout au plus deux cent mètres encaissés entre les falaises et la corniche.
Dans sa tête Springsteen serinait une vieille chanson où il était question, aussi, d’une rivière.
“We go down to the River, and into the river we die”
Rengaine adolescente apprise par cœur sur une guitare mal accordée, chantée faux autour de feux de camps alcoolisés. Une enfance heureuse, un adolescent un peu secret comme le bruit de l’eau, un passé proche.
Il leva ses yeux au ciel.
Des larmes coulaient, abondantes, sur son visage défait.
Il revoyait ce soir de Décembre pluvieux. La route sinueuse le long de la corniche, l’auto radio qui déversait la chanson du Boss tandis que le ciel s’épanchait sur le paysage chaotique des montagnes alentours.
Et soudain, les phares en face, trop à droite, trop près…Il avait bien écrasé le frein dans un hurlement, mais l’eau, son amie si ancienne, l’avait trahi pour la première fois.
Plongeon terriblement lent par-dessus la mince rambarde de sécurité. Des mètres de chute avant l’accueil du lit…
…d’hôpital, et les longs mois de souffrances dans ses os brisés. Il l’avait haït, maudite cette eau céleste qui avait gonflé de haine son amante terrestre.
Et surtout, était née, brutalement, la douleur atroce de savoir que la fillette bavarde et gaie, ne passerait jamais plus, de temps avec lui au bord de la rivière à partager des rêves d’eau, d’ondines et de fées des roches.
L’eau était maintenant devenue opalescente.
Une eau de noyée.
La sagesse des cloportes
La sagesse des cloportes
En ce jour de Janvier, Dieu s’ennuyait ferme. Non qu’il n’avait plus de boulot, bien au contraire, mais c’était du tout venant, du classique, de l’habituel. Il fallait gérer le quotidien, et gérer le quotidien quand on est omniscient, c’est plutôt peinard comme job.
D’abord, régler quelques conflits bénins entre voisins qui ne se comprenaient pas, et puis faire un petit miracle parce que c’est rigolo comme tout ! Et enfin, sauver un ours polaire, une baleine et un phoque pour que ceux de Greenpeace lui foutent la paix.
Donc Dieu s’ennuyait.
Il avait bien prévu de faire neiger sur l’Europe de l’Ouest histoire d’emmerder les automobilistes et de faire rire les enfants, de filer un peu de soleil aux Sud Américains pour que les préparatifs du carnaval se passent bien, parce qu’il aimait bien la Carioca aussi. Dieu est facétieux ! Mais Dieu s’ennuie.
Pourquoi diantre le Créateur, a-t-il un coup de blues ? Parce qu’il est seul, mais seul, que ça en est une horreur. Bon d’accord y’a bien son pote Satan, avec qui il fait mumuse parfois, mais à part ça. Ce n’est pas la flopée d’anges, d’archanges, d’angelots, qui vont combler sa solitude sentimentale.
Dieu, qui pourtant est amour, veut de l’amour. Pas du sexe non, de l’amour du vrai, avec un grand A et des petits cœurs. « J’ai besoin d’amouuurrr… » Chantonnait-il à tue tête, ce qui serait paradoxal s’il n’était pas Dieu.
Et oui comme quoi même les créations qui nous paraissent totalement absurdes ont leur utilité.
Bref, Dieu qui avait conçu l’Homme à son image, se trouvait fort dépourvu en ces temps de disette sentimentale.
Il réfléchit quelques minutes. Et en conclut qu’Il ne lui restait que deux solutions : soit provoquer l’amour dans le cœur d’une jeune femme de son choix, soit être un peu plus téméraire et se lancer dans la séduction, par lui-même.
Il opta pour la seconde.
Parce que zut quoi, non mais, il était le Tout Puissant, papa de Trois monothéisme quand même !
Il observa, un soir, les moyens mis à sa disposition : les boîtes de nuit, bals, rallye et autre lieux de rencontres étaient à priori à sa portée. Quoi de plus simple que de descendre, draguer une jeune fille et hop.
Le samedi, il mit Travolta sur sa platine et se vêtit de beau. Col jabot, chemise blanche, lunettes noires, une touche de gomina, qui brillait autant que les strass de son pantalon. Saturday Night Fever !
A l’entrée de la boîte, le Best, de Clermont Ferrand, il dut user un chouïa de ses pouvoirs pour que les deux videurs, peu amènes, le laissent entrer. Son look détonnant…détonnait ! Des jeunes en baggy, sweat capuche, le regardaient de bas en haut et vice versa.
Dieu s’en moquait. Il se lança sur la piste, tournoyant, pirouettant, sautillant. Un vrai danseur, un vrai. Certes il n’était pas tout à fait, tout à fait, dans le tempo, et il écrasa au passage trois orteils, deux cors et un œil de perdrix. Certes, il rata un pas un peu difficile, et bouscula un colosse qui atterrit dans le bar, certes il oublia un instant qu’il était Dieu et que la lévitation n’est pas un standard des danses modernes. Bref, il déconna plein pot. Et finalement, assoiffé, il prit une bouteille sur une table et la liquida en trois gorgées. Le public le regardait extrêmement surpris, mais certains mirent ça sur la mauvaise qualité des acides proposés par le patron complaisant du lieu. Dieu, un peu éméché, se dirigea vers une brune superbe. Grande, mince, les yeux noirs sous son chignon, elle le regarda s’approcher.
« Salut toi ça va ?
- Oui.
- Tu bois quelque chose beauté ?
- Non merci.
- Dis donc t’es pas bavarde. Je sais je vous impressionne toutes, même cette andouille de Marie n’y a vu que du feu…
- Excusez-moi mais là, vraiment, je dois…
- …Y aller ma copine m’attends. Je sais elle est de moi cette tirade. Verset quatre des épitres de Saint Glinglin à Josué ! Tu crois que t’invente quelque chose morue ?
- Mais ça va pas…
- …Espèce de vieux cochon ! Ca aussi c’est de moi ! Verset…
- Excuse-moi ? »
Dieu se retourna lentement.
Le colosse, celui qui avait traversé le bar, un mètre quatre vingt dix sept au garrot, dans les cent quarante et un kilos, lui tapota l’épaule :
« Dis donc ducon…Tu peux arrêter de me regarder avec tes yeux là ? Et accessoirement tu peux foutre la paix à ma meuf ?
- Pardon mais… Ca c’est pas de toi non plus, c’est de…
- Ta gueule ! T’arrête ou je te refais le portrait tapette !
- Mais ça c’est pas… »
Dieu pensa un instant à le transformer en loukoum, mais ses bévues successives le retinrent. Et il se mangea une calotte digne d’un bon western. Et il eut mal, un peu comme son fiston en croix, mais moins quand même. Et Dieu tenta sa droite. Celle qui est parfois assise à côté de lui. Et la droite de Dieu fut un flop. Parce que ça faisait un moment qu’il ne s’en était pas servit et surtout que l’absorption de 75 centilitres de vodka l’avait sérieusement entamé.
Bref, il se retrouva sans dessus dessous, les fringues ruinées, vautré dans le caniveau, avec un joli cocard. Tu parles d’une réussite. Et en plus, il se gerba dessus.
Il fila chez lui, là haut.
Et poussa un coup de gueule.
Ce qui n’eut pour incidence que de réveiller un mal de crâne sévère.
Dieu était en rage. Fiasco sur toute la ligne. Même le plus crétin des crétins aurait fait mieux que lui. Et sans parler d’amour cette fois ci, il fallait qu’il s’avoue que même le sexe c’était pas pour demain.
Satan, qui passait par là, le vit et à son sourire narquois, le Créateur comprit qu’il était au courant de ses frasques de la veille.
« Bon ça va hein le fils maudit ! Tu vas pas non plus t’y mettre ?
- Non, non. Je constate juste. C’est tout.
- Tu ne constates rien, Nom de Moi ! J’ai pas assuré, mais c’est pas grave non plus ! Quand je veux !
- Oui, oui.
- Tu te fous de moi là ?
- Mais non, mais non.
- Si tu te fous de moi !
- Mais non. Tu tombes toutes les nanas que tu veux, t’es Dieu. Et puis, c’est tellement simple de devenir amoureux de toi. Regarde cette pauvre Bernadette Soubirous.
- Me parle pas d’elle ! Merci. Et puis ôte-moi ce sourire imbécile de ton visage fourchu et poilu. Parce que toi tu crois que t’es meilleur que moi ?
- Oh non. Je n’oserai pas dire ça. Simplement, tiens, regarde ma soirée d’hier. »
Satan, d’une geste ample, fit apparaitre une image. Qui aurait choqué Sade et Rocco Siffredi. C’est peu dire.
Dieu souffla lentement.
« C’est que du sexe ! De la Luxure ! Des pêchés pas capiteux, mais CAPITAUX !
- Oui bien en attendant…
- Quoi en attendant ? Quoi en attendant ? Tu veux dire que moi, Dieu, je ne suis pas capable de faire pareil ? Moi…
- Euh hier, tu as fait quoi ?
- Hier c’était hier, j’étais pas en forme, pas au point, pas…
- Dieu, avoue-toi vaincu. T’es peut être le roi du sauvetage de bébé phoque, mais avec les nanas t’assure pas un caillou.
- Comment ça ? Tu oses dire que…
- Oui. J’ose. Et même je te mets au défi de séduire une fille à la loyale.
- Avec toi, je me méfie du mot : loyal. C’est un peu étrange dans ta bouche, comme « droits de l’homme » dans celle de Staline tu vois ?
- Si, si je te promets. Tiens, pour te prouver ma bonne foi, je te laisse mon œil, celui d’Abel, qui observait…
- Gnagnagna, je sais, je connais ! Tu sais que sans cet œil tu perds cinquante pour cent de tes pouvoirs et que je vais rafler un maximum d’âmes ?
- Je sais, je sais aussi que t’es nul comme séducteur. T’as quand même crée Chateaubriand, ne l’oublie pas !
- Oui bon hein, euh…
- Alors tu relèves ?
- Bien sur ! Et toi tu gagnes quoi en échange ?
- Oh rien, le plaisir de t’humilier. Encore une fois !
- Allez je vais être bon. Choisis le terrain de Mes Exploits !
- Meetic. »
A ces mots Dieu pâli franchement. Parce que bon, ce n’est pas qu’il n’était pas près à, mais Meetic c’était l’antre de Satan ! Le royaume du pêché non consommé et virtuel. Des milliers d’âmes qui se vautraient complaisamment dans la luxure et la débauche via écran interposé. C’était l’Ignominie, c’était…
C’était surtout que Dieu avait un énorme problème de timidité, c’est tout. Déjà parler à un ange aux fesses nues le faisait rougir à chaque fois, alors séduire virtuellement lui filait des frissons dans la colonne. Ce qui généra un joli tremblement de terre en Argentine.
« Ah non Satan ! Ah non, pas meetic, tu vas influencer les âmes et tu vas…
- T’as la trouille ? t’as la trouille ! Dieu est un trouillard, Dieu est un lâche, nananére !
- Ta gueule ! Je relève et de suite ! »
Dieu se fit amener son PC dernier cri. Il se connecta. Tout d’abord saisir un pseudo : évidemment Dieu était prit, ainsi qu’Allah, Yahvé, Buddha, Ganesh, Shiva etc.…Pff la plaie ! Il essaya tout, tout, et rien. En désespoir il se rabattit sur Kranouche dieu des Cloportes dans une obscure civilisation du Nord Est de l’Inde. Autant dire : rien, mais en même temps, un cloporte a le droit de vivre non ?
Age : il hésita longuement. Il opta pour un petit 45 an. Sexe : euh il n’avait le choix qu’entre H et F, pas « celui des anges ». Ville : Paradis ? Il peut, mais souci quand il faut mettre le code postal. Enfin apparence : il mit un peu de tout comme ça au pif, parce qu’Il est un peu de tout. Religion : pour s’amuser il met non pratiquant et athée. Loisirs : ça se corse. Il hésite entre sauver des âmes de la damnation éternelle, faire des Miracles, et il se rabat, finalement, sur dames et petits chevaux.
Il cherche ensuite une partenaire à sa mesure. Comprends très vite qu’il est Unique pour 2 milliards de personnes au moins, et totalement ridicule dans le Panthéon indien par exemple.
Dilemme ! Alors, en bon gars bien basique il se rabat sur le standard en vigueur dans les pays riches et bien portants : grande, blonde à gros seins (forte poitrine pense t’il !). Niveau d’étude : peu importe. Age : jeune, mais pas trop, un petit 32 an ?
Ville ? Saint Etienne ! Comme ça et juste parce que le coup des poteaux carrés ça l’a fait marrer en 1976.
En ligne : Bellebeautéjoliedu42, Plaffa42, Mistigurettetorturée et Omygode.
Il ouvre le Tchat et entame de manière subtile un dialogue avec Bellebeautéjoliedu42.
« Salut ça va Bellebeauté ?
- Non a va pas.
- Ah ?
- Bin oui tu c ke je mennuie là ? Je sui seul. Vien me rejoin dre.
- Euh…
- C 40€ les 10 mn au 0825879415289654
- Hein ? Mais je ne vais pas payer !
- Mé je fé tou tu c ?
- Oui je vois, même les fautes qui vont avec.
- Allé vien me rejoindre ! Je tatten. »
Dieu déconnecte. Vexé. La catin de Babylone il a déjà donné, enfin son fiston c’est tout comme. Il commence à se dire que bon ce n’est pas le meilleur plan de sa vie ce défi idiot. Que Satan pourrait peut être garder son œil, et basta. Et que…
« Alors mon Dieu tu baisses déjà les bras ?
- Oh ça va hein. Je réfléchissais à une stratégie.
- Mouarff, une stratégie quand on s’appelle Kranouche, Dieu des Cloportes…Bon allez tu le veux mon œil ou pas ?
- Tsss… »
Deuxième connexion. Plaffa42. Qui ne répond pas. Qui s’en fout à vrai dire, puisqu’en sondant son âme discrétos, Dieu se rend compte qu’elle a des soucis en tête : les traites de la maison, ses enfants qui mangent pas super bien, son ex qui la harcèle, bref un merdier qu’elle n’arrive pas à oublier même devant son écran. Elle est en larme, et Dieu se dit que ce n’est pas vraiment le moment de l’ennuyer. Il en profite pour utiliser sa carte journalière de « Erreur de la banque en votre faveur » et crédite son compte chèque d’1 million d’euros. Sacrée erreur, mais au prix des parachutes dorés, ça se verra même pas !
Satan a bien remarqué la manœuvre, mais il laisse courir. De toute façon il a déjà gagné la moitié du défi.
Contact. Mistigurettetorturée répond.
« Salut ça va ?
- Oui et toi ?
- Ca va. »
Dieu se demande à cet instant ce qu’il va bien pouvoir dire. Bon certes, il pourrait sonder son esprit à elle aussi, et y trouver un soupçon d’inspiration, mais l’autre nigaud cornu finira par s’en rendre compte.
« Je vois que tu es croyante et pratiquante ?
- Oui, Dieu m’a accueillie dans sa maison.
- Ah bon ? T’es sure ?
- Oui, oui, Dieu est amour, il va nous sauver, toi aussi d’ailleurs ! Ton âme est impure, je le sais, je le sens et Il le sent.
- Pardon ? En quoi mon âme est impure ?
- Tu parcours des sites de débauche où les humains se roulent dans la fange, le stupre, la luxure. Mais Il est là ! Il nous regarde, Il sait que tous seront punis à l’heure du Jugement Dernier !
- Mais ça va pas la tête ? Je suis Dieu ! Comment veux tu que je punisse qui que ce soit quand j’en ai pas envie.
- Pêcheur, tu es un immonde pêcheur ! Tu mérites les flammes de L’Enfer, Impie ! »
Dieu se retourne et remarque un Satan écroulé de rire dans un coin de nuage.
« Dis donc le fourchu là, ça t’amuse le prosélytisme ? Parce que moi pas des masses à vrai dire.
- Excuse moi partenaire, mes je m’amusai un poil avec toi.
- Hein ? Mais c’est de la triche ! T’as pas le droit ! C’est pas du jeu.
- Ah ? Et la dame d’avant, c’était du jeu de lui filer du pognon ?
- Oui bin ça va hein ! Euhhh…
- Un partout balle au centre, plus qu’une chance mon Vieux ! »
Ohmygode. Tout un programme.
« Salut ça va pas !
- Pardon ?
- Je dis que ça ne va pas, avant que tu ne me demandes.
- Bin ce n’est pas grave si ?
- Si. Je suis Dieu et personne, personne, ne veut de moi.
- Ah ? Et alors, que puis-je pour toi ?
- Bin y’a mon nom dans ton pseudo, alors…
- Mmmhh ! Ton nom ? Euhh. Tu sais lire ? Parce que c’est godE. Tu sais…
- Oui je sais merci !
- T’agace pas. T’es Dieu alors ?
- Bin oui. Bon Dieu des Cloportes, mais Dieu quand même.
- Bah c’est sympa un cloporte.
- Ah ?
- Oui autant qu’un soldat nazi ou qu’une colombe blanche sur la tête à Pie XII.
- Ah bon ? Un cloporte c’est…bien ?
- Et bien si tu considères que Dieu, pas toi, l’autre, les a fait à son image, alors le cloporte a autant de valeur que le reste non ?
- Oui c’est sur, mais j’ai pas bossé autant de temps sur le cloporte, que sur la rhubarbe par exemple.
- D’accord, mais le cloporte a son utilité ! Il ronge le bois et permet ainsi le renouvellement de la biomasse.
- Oui mais c’est moche !
- Non, la femelle cloporte est attirée par le mâle, comme la crapaude de Voltaire. Et en plus, elle ne se prend pas la tête, elle.
- Mais bon sang de bois ! »
Dieu déconnecte intempestivement, se tourne vers Satan et sous les yeux ébahis de celui-ci, se transforme en cloporte.
Qui fonce vers un nid de cloporte.
Qui fait de l’œil à une superbe femelle cloporte.
Et Satan dépité, laisse son œil dans un coin et s’en va fulminant tandis qu’un cloporte se faufile entre ses jambes.
La sagesse du cloporte consiste aussi à se garer des pieds.
La petite souris
Mon papa il crie des fois. Fort. Très fort. Mais c’est pas trop souvent parce que d’habitude on est sage ma petite sœur et moi.
Enfin on fait des bêtises, comme tous les enfants, si j’ai bien compris. Mais pas des choses graves ou méchantes, jamais. Sauf la fois où on a tiré la queue du chat. Pour voir.
Le chat il m’a griffé au bras, j’ai eu drôlement mal ! Et papa il a vu ça et m’a juste dit « Je suppose que tu ne recommenceras pas ? » Et il m’a mit du produit qui pique « Pour pas que ça s’infecte. »
Je sais pas ce que c’est infecte, mais j’ai eu un peu peur quand même et un peu mal aussi et je recommencerais plus jamais a tirer la queue de Pépére. Et ma petite sœur a un peu pleuré parce qu’elle voulait pas du « Proguit qui n’infec ! » Alors qu’elle avait même pas été griffée elle .
Je l’aime bien ma sœur. Elle est jolie comme tout avec ses bouclettes et quand elle fait son truc avec sa bouche, comme ça, même que j’éclate de rire et que papa il fronce un peu les sourcils parce que j’ai du poisson dans la bouche des fois. J’aime bien le poisson de papa, il croque sous la dent avec l’espèce de farine qu’il y a autour. Et quand il en fait, souvent avec il y a du riz. Et j’adore le riz . Il met des petits oignons et un peu de crème et c’est tellement bon que j’en reprends deux fois souvent ! Bref, c’est mieux que le chou quand même. Et ma sœur, elle est petite encore, alors elle fait le clown quand on a pas le droit : à l’église quand on va en promenade visiter les monuments historiques, comme dit papa, au supermarché devant les vieilles dames avec des sacs trop lourds, mais pas à l’école, là elle le fait pas.
Elle est amoureuse de son Maître en fait, mais c’est un secret ! Elle me l’a dit y’a trois jours en mangeant une banane à quatre heure. C’est vrai qu’il est beau son maître. Mais c’est un vieux. Moi j’aime pas trop les vieux, même son maître que j’ai eu l’année dernière, quand j’étais encore avec les petits qui savent pas lire.
Moi aussi j’ai un amoureux. Théo. Il est drôlement plus beau que le maître de Mathilde ! Mais il est un peu bête aussi. Des fois il veut faire le malin avec ses copains, et il me bouscule, et moi je pleure un peu, alors il me fait un gros bisou sur la joue, parce que sur la bouche c’est pas bien, y’a que les grands qui font des bisous sur la bouche, et moi je deviens toute rouge, et je le trouve très gentil Théo.
Et papa il crie des fois, mais pas souvent.
J’ai eu sept ans hier. Je suis une grande. Mais je me sens quand même pas si grande que ça. Surtout quand papa il crie après maman et maman crie après papa, et ensuite ils se disent des gros mots et maman elle pleure et papa il se met dans son coin, là où il corrige ses photos, et je vois bien que ses yeux ne sont pas tout à fait secs.
Mais ils se crient moins après quand même, parce que maman est partie de la maison. Il y a un an. J’avais six ans et j’ai perdu ma première dent. Une canine. Ca m’a pas fait mal du tout, du tout, mais j’ai failli l’avaler parce que je dormais. Ma sœur a cru que j’allais perdre toutes mes dents d’un seul coup et elle m’a dit, mais c’est un secret, que jamais elle ne perdrait ses dents ! Je sais pas si elle a le droit, et puis comment elle va faire avec la petite souris ? Moi j’ai eu six pièces pour la canine.
Donc ils se fâchent moins depuis un an. Mais c’est moins drôle à la maison, et papa et maman, chacun chez eux, ils sourient moins qu’avant.
Maman m’a dit qu’elle n’aimait plus papa, et papa m’a dit qu’il aimait encore maman mais que cet amour était entrain de disparaitre. J’ai pas tout compris. Parce que moi j’aime Théo, c’est mon amoureux, mais j’aime aussi Lucas et Thibault, et des fois on se fâche entre nous, et on se parle plus, même une fois j’ai dis un gros mot à Lucas, et après j’ai regretté. Alors je lui ai fait un bisou et je lui ai dit que c’était mon amoureux à nouveau, donc ça disparait pas l’amour si ? Et on a le droit d’avoir plein d’amoureux et d’amoureuses.
Je peux pas en parler à Mathilde, parce qu’elle est trop petite pour comprendre. A l’école elle est chez les petits-petits, et des fois à la cantine elle veut me faire un câlin mais les dames de service disent qu’on a pas trop le temps. Les grands ils ont souvent pas le temps. Ils ne prennent jamais un moment pour regarder les nuages ou les oiseaux, ou dessiner des fleurs ou des maisons ou même des gribouillis. Ma Mathilde elle fait très bien les gribouillis . Après, Elle me demande d’écrire son nom, et c’est pas facile parce qu’il est drôlement long son nom, puis elle le donne à papa ou maman et ils disent toujours « Merci, c’est très beau ce que tu as fait dis donc ! C’est quoi ? ». Alors que c’est un gribouillis c’est tout. Mais la petite elle dit « C’est un cheval ! » Pfff il a même pas de pattes ! Alors moi je fais une fleur, avec tout plein de pétales et je la donne et tout de suite les grands ils reconnaissent que c’est une fleur.
Pour mes sept ans j’ai eu un microscope. Mon papy m’a dit qu’on voyait le monde que l’on ne voit pas à l’œil nu avec . Effectivement on voit très bien les toutes petites minuscules poussières, et aussi les cirons dans le fromage que Mamy elle ramène de la Haute Loire. Et j’ai perdu ma quatrième dent. Celle de devant. J’ai eu trois pièces c’est tout, mais plus grosses que pour la canine. Et Mathilde m’a dit, mais c’est un secret, qu’elle veut perdre toutes ses dents d’un coupn, comme ça elle aura surement plein de grosses pièces. Je sais pas si c’est possible, et j’ose pas demander à papa. Parce que ce soir il a sa tête de quand il est pas content. Pourtant on a pas fait de bêtises, j’ai récité mon poème par cœur, et on a mangé toute notre assiette. Bon c’était facile c’était nouille-jambon.
Papa il est peut être triste parce que maman lui a dit qu’il allait s’y casser les dents ? J’ai pas compris pourquoi il veut se casser les dents d’ailleurs. La petite souris pourra jamais porter les dents de papa si ? C’est trop lourd je pense. Et puis moi je veux pas qu’il se casse les dents. Elles lui font un joli sourire, quant il sourit, comme ça, avec ses yeux plissés.
J’ai demandé à papa si je pouvais téléphoner à maman. Il a dit oui. Et j’ai recopié le numéro qu’il m’a noté sur une feuille. Je me suis caché de Mathilde, parce qu’elle veut toujours parler et que c’est un bébé qui n’a pas des choses importantes à dire.
Et j’ai demandé à Maman pourquoi papa voulait se casser les dents ? Elle a répondu : « Mais qu’est ce qu’il a encore été inventer ton père ? »
Je lui ai dis que c’était elle qui lui avait dit qu’il allait se casser les dents ! Mais elle m’a répondu que « Tu es trop petite pour comprendre ! Ca c’est bien passé à l’école ? »
Bref, je ne suis pas avancé plus que ça .
Au réveil j’ai regardé si papa avait encore ses dents, surtout celle en or qui brille. Oui il avait l’air de toutes les avoirs. Et il avait un beau sourire.
On a mangé devant la TV parce que c’est samedi et que le samedi c’est le jour où on a le droit de regarder la télé. J’aime bien moi les dessins animés, parce que les personnages sont plein de couleurs et font des têtes drôles. Mathilde aussi, elle aime bien, mais elle préfère les dessins animés pour les petits. Alors je dis oui et on regarde les familles d’ours qui vont à la chasse au miel, on rigole.
Et je sais que cette après midi on va faire un gâteau et aller à la pêche ! J’ai un peu peur des poissons, mais pas Mathilde ! Mathilde elle les décroche toute seule !
Sur la table basse il y avait du courrier. Et une lettre où c’était écrit « Tribunal de… » J’ai juste regardé, vite vite, et comme je ne comprends pas encore tous les mots j’ai dit à Papa : « C’est quoi Juge aux affaires familiales ? »
Papa il m’a regardé et j’ai cru qu’il allait crier. Mais non, il a dit :
« Pourquoi tu me demandes ça ma puce ?
- Bin y’a une lettre sur la table et c’est écrit ça.
- Je sais. C’est que tu vois, je dois passer devant un juge qui va décider si je peux vous avoir une semaine sur deux comme maintenant, ou moins souvent.
- Pourquoi ?
- Parce que c’est la loi. C’est comme ça.
- Mais le juge il va dire oui !
- Je ne sais pas, je pense que oui, mais ça dépend de lui et de ta maman aussi.
- Ah bon ?
- Oui. Elle voudrait que je déménage pour habiter vers chez elle, mais ce n’est pas facile à cause de mon travail, par exemple.
- Mais j’aurai plus ma chambre !
- Si si. Je ne veux pas déménager tu sais. Et je veux vous garder toujours.
- Même si tu as les dents cassées ?
- Hein ?
Là je vois qu’il n’a pas compris du tout !
« De quoi me parles tu Léa ?
- Bin maman elle a dit que tu allais t’y casser les dents…
- Léa, je ne vais rien me casser du tout ! C’est une expression. Maman elle veut que je déménage, moi pas, et donc elle pense que le juge va lui donner ta garde et celle de ta sœur. Mais je vais essayer que non . Elle me dit que je ne vais pas y arriver, donc que je vais me casser les dents. Tu comprends ?
- Bin quand je me suis cassé une dent en tombant du pommier, j’y suis pas arrivé à monter dedans c’est pareil ?
- Oui. Plus ou moins. Sauf que mon pommier à moi est plus dur à monter, c’est un pommier d’adulte. Allez va jouer, on en reparlera d’accord ? »
Je suis retournée dans le salon. J’ai joué un peu avec ma poupée. Et puis on a fait le gâteau et on est allé à la pêche. Et papa il m’a montré comment on attrapait les grillons avec une paille.
Et le soir, dans mon lit, je me suis dit que la petite souris elle allait avoir du travail, parce que moi je vais lui dire à Maman que je veux pas que papa il se casse les dents devant le juge, ou alors que si il se les casse, la souris elle doit lui amener plein plein de pièces, au moins 42! Ou une autre amoureuse peut être ? Un truc quoi. Pour qu’il ait toujours son beau sourire, celui qu’il a avec ses dents.
Summer Night…
C’est quelque part un soir, quelque part dans un jardin, dans une courette, ou même sur un simple balcon pourvu qu’il soit un peu large.
C’est ce moment du soir où la chaleur s’apaise un peu, se calme. Le soleil est là bien sur, parce que c’est l’été et qu’en cette saison il brille tard. Mais il est moins ardent, pas vraiment caressant cependant, pas comme les premiers rayons du printemps.
Les mouches, moucherons et autres insectes vrombissent doucement dans l’air doux.
C’est le soir.
C’est le soir d’été.
Celui où les enfants un peu fatigués jouent dans le jardin à chat perché, à la balançoire ou au toboggan. Ils courent, mais la fatigue de la chaleur de la journée se fait sentir. Qu’importe, ils feront des rêves doux pleins d’abeilles et de fleurs.
C’est l’heure douce où vos amis sont assis devant un verre de blanc bien frais. Un Pouilly Fuissé ou un Bourgogne Alligoté. Un vin simple mais fruité de préférence. Les volutes de fumée commencent à s’échapper du barbecue, parce qu’évidemment vous préférez faire des grillades que d’avoir à cuisiner. C’est un plat de saison après tout, ça sent l’été, ça sent le partage et de toute façon on vous sera reconnaissant de l’avoir fait.
Même si les saucisses sont un peu brûlées, même si vous ratez un peu les brochettes. Qu’importe vos convives les ont ratées avant vous.
La discussion roule autour des sujets d’actualité. Cyclisme, bien souvent, puisque le Tour de France s’est élancé peu de temps auparavant. Tous supputent sur les chances des différents favoris, sur la possible échappée du lendemain, sur les présomptions de dopage aussi, parfois. C’est un discours simple, que chacun entend bien. Même le Novice sait de quoi il est question.
Il y a aussi ceux qui se rappellent des Tours d’avant. Et d’anthologie! La défaite de Fignon pour 8 secondes dans la dernière étape, la cinquième victoire de Hinault, le sprint d’Armentières et la chute de Jalabert.
Ces dames, elles, parlent de sujets estivaux aussi. De leurs bronzages qu’elles vont parfaire avent de rejoindre les plages du Sud ou de la côte Basque. Des cahiers de vacance qu’elles ne manqueront pas de faire faire à leur progéniture. Et ce dès le lendemain! Mais aujourd’hui non, aujourd’hui il fallait bien que les enfants se reposent un peu. Les cahiers sortiront surement après les orages du 15 août, quand les jours seront plus courts. Comme chaque années.
L’hôte se lève de temps en temps pour retourner les grillades et remettre un peu de musique. quelque chose de calme, et simple. Un Charlie Parker ou un Count Bassie. C’est consensuel.
Bien sur la soirée avançant, l’alcool délira les langues.Souvent c’est un petit rosé très simple et très frais. Un de ces vins de pays que l’on achète en Bag In Box dans ce but là justement. Les enfants dormiront sur les canapés ou dans leurs lits. Les hommes se donneront les mêmes itinéraires bis censés éviter les gendarmes et leurs tests d’alcoolémie un peu rabats joies. Les dames poufferont en parlant des rencontres faîtes en tout bien toute honneur l’été précèdent quelque part vers Corfou ou Djerba.
La glace finit de fondre dans les coupelles et le lune est là.
Puis, vint le moment où les convives s’en vont en riant aux éclats. Les enfants ébouriffés se trainent jusqu’aux voitures dans un demi sommeil. On se souhaite bonnes vacances, on se bise, on se dit “Je t’envoie des cartes postales!”…
C’est un barbecue d’été.
Et vous, le célibataire, vous allez seul dans votre lit. Et même que ce n’est pas grave parce que vous avez passé une soirée formidable. Et qu’il n’y a personne pour vous obliger à faire la vaisselle à point d’heure!
Loose yourself …(et les gens?)
Je lisais il y a quelques jours un article assez intéressant du journal La Croix. Certes, je n’émarge pas chez nos amis les curés, ayant pour principe que Dieu est avant tout une invention destinée à nous faire croire que les anges n’ont pas de sexe. Bref, je ne suis pas croyant, même plutôt mécréant à vrai dire.
Mais cet article sobrement intitulé: “Célibataires, une solitude douce amère” me révèle bien des choses que je perçois au quotidien. Selon ces messieurs de La Croix, vous devez distinguer tout un panel de célibataires. Ah oui, parce qu’il n’y a pas UN célibat, je ne parle pas de celui des prêtres n’est ce pas, mais DES célibats. Ainsi il faut distinguer les célibataires concubins, les célibataires solitaristes et les vrais célibataires. Pour le moins. Le solitariste vit seul mais dans une relation stable avec quelqu’un du même sexe, ce qui soit dit en passant est un pêché, mon dieu, le concubin ne veut pas s’engager dans les liens sacrés du mariage, ce qui est aussi un pêché, et le vrai célibataire est tout seul, tout seul, et pour peu qu’il ne pratique pas l’onanisme, ce n’est pas un pêché. Par delà ce résumé, un peu rapide je vous l’accorde, de ce sympathique journal, je me rends compte que ces gens de La Croix sont comme mes amis de l’INSEE: les chiffres et les définitions les rassurent.
Parce que le vrai célibat à bien y regarder, ce n’est pas 4 millions de personnes vivants seules, mais 4 millions de personnes seules.
Et la solitude c’est ces soirs d’hiver où votre maison vous parait trop grande, trop vide sans les rires des enfants, leurs galopades aux étages, leurs jeux sans fins alors que dehors tombe la neige et que vous pensez que le lendemain le trajet pour vous rendre à votre travail sera un peu plus long.
La solitude c’est un matin où vous constatez que vous vous cantonnez toujours dans la même moitié du lit, trop grand pour vous, simplement trop grand. De l’autre côté de celui-ci s’étend un vaste territoire glacé, que votre seule chaleur ne saurait adoucir.
La solitude c’est ce jour où vous refusez un repas chez des amis parce que le bonheur conjugal des autres vous est insupportable.
Et dans La Croix, l’auteur enfonce un peu plus le clou d’ailleurs distinguant un célibat “d’attente” d’un célibat “définitif”. Et de fixer une tranche d’âge arbitraire à 40 ans. Il ne me reste donc plus que 5 ans dans l’attente avant d’être définitivement célibataire?
Diantre c’est pour le moins catégorique! Parce que l’attente c’est quoi? L’attente c’est cette demoiselle que vous rencontrez comme ça un soir à la terrasse d’un bar. Vous discutez et dinez, vous avez de multiples affinités, les mêmes envies de faire quelque chose de concret de votre vie. alors, vous vous prenez à rêver, un peu, tout les deux. Et puis, vous recevez un sms, la plaie de la communication du XXI siècle vous informant que l’avenir avec vous ou un autre n’est pas possible.
L’attente c’est un soir, encore un soir, où vous faîtes le bilan de votre vie, et où vous vous rendez compte que celle-ci est bien remplie professionnellement, socialement, mais qu’il manque une personne, là, à vos côtés, pour discuter du dernier Clint Eastwood ou de ce roman que vous venez de terminer.
Et en cela je ne vois guère la différence entre 35 et 40 ans. Ou est ce de la résignation?
Mais nos amis de La Croix, tout de même ont un peu plus de jugeote que ce que je croyais de la part des papistes. Ils se rendent compte aussi que la peur, la peur insidieuse de l’échec rend le célibataire méfiant. Dans une société où tout est méfiance. Le célibataire, échaudé par ses précédents échecs, craint pour la réussite du futur. alors, il hésite, panique un peu, et finalement se résout, se résout à quoi en fait? A rien pour ainsi dire. Il ne s’engage plus. Parce que s’engager c’est comme manger du bœuf en période de crise de la vache folle, comme de serrer une main quand le spectre de la grippe H1N1 est là, c’est comme de ne pas sortir la nuit, dans les ruelles, des fois que quelques malandrins mal intentionnés et forcément maghrébin en voudraient à vos saacs et pire, c’est dangereux!
Tout est danger chez nous, même un simple sourire. Surtout ne souriez pas, même si vous êtes heureux d’être avec cette jolie demoiselle qui est intéressante de surcroît! Non renfrognez vous! et soyez conscient que votre avenir sera un échec de toute façon. C’est la TV qui l’a dit ou le président. Ce qui revient au même.
Alors, un jour, un jour où tous nous serons des peureux, des terrifiés de la vie à deux ou trois ou cinq, alors ce jour nous ferons quoi? Nous ne saurons même plus rêver, nous ne saurons même plus voir ce qu’il y a à voir ou savoir. Nous ne saurons juste que tenter de combler cet espace glacé dans le lit trop grand et nous n’y parviendrons pas.
Voyage dans une tasse
Ce texte a été publié sur le blog Acteplumes de Catherine et sur Oniris.be…
Ouf ça y est, enfin, les deux fillettes sont dehors, la cuisine est vaguement rangée, le balai passé plus ou moins. J’ai bien sur oublié quelques coins, mais finalement est ce bien grave ? Je me pose dans mon canapé, une tasse de café devant moi. Elles vont jouer à chasser les escargots, à inventer des papillons, à cueillir des fleurs qui sécheront ensuite sur une étagère entre un Simenon et LF Céline. Mon café étire ses volutes de vapeur embaumant la pièce.
Je suis bien. Je repense à
« Papaaaaaaaa ! »
Je ne pense à rien ! Je sors par la grande baie vitrée m’arrachant auparavant avec une grimace du canapé.
« Oui ma grande ?
- Pourquoi les nuages il y en a pas aujourd’hui ?
- Bin c’est qu’il fait beau c’est tout !
- Oui mais moi j’adore les nuages.
- Et moi je voudrais bien boire mon café. Tu vas jouer avec ta sœur s’il te plait ? »
Je laisse ma Grande en pleine réflexion sur les stratégies fourbes des cumulonimbus qui disparaissent comme ça sans prévenir les salauds ! Et bois une gorgée de café.
La première la plus forte, celle qui m’expédie directement au Brésil quelque part dans une plantation J’aurai pu devenir planteur tiens ! J’aurai négocié les prix âprement avec les multinationales américaines, j’aurai parcourut l’Amérique du Sud sur les pas du Che, buvant le Maté dans les faubourgs de Bogota, descendant l’Amazone au rythme lent de ma pirogue, assaillit par une armée de moustiques, mais content sous le soleil couchant.
J’aurai surement prit femme, une beauté amérindienne et nous aurions eu
« Papaaaaaaa !
Pfff cette fois c’est la seconde de ma couvée. Qu’est ce qui se passe encore ?
- Oui ?
- Pourquoi les cargots sont pas là ? (Comprendre : pourquoi la coquille est désertée par un gastéropode avide de frissons !)
- Il est partit en voyage ma chérie. Il est allé chercher une autre maison. Quelque part dans le jardin. Regarde bien tu vas le trouver.
- Vouiiiiii. »
Et hop c’est partit.
Deuxième gorgée. Moins forte, plus acide et douce. Comme la peau d’une femme presque. Une grande femme noire au sourire blanc. Qui vit quelque part près de Tombouctou. Qui m’accueille le soir, de ses yeux francs et étincelants, avec une flopée de marmots qui eux aussi rient. C’est ma compagne, nous vivons en brousse à des lieues de toute civilisation concrète. Le soir, Amadou, le griot, chante les victoires de nos ancêtres Peuls. Notre case n’est pas grande, nos vaches sont maigres et nous ne sommes pas sur cette année que la récolte de riz sera bonne, il a peu plut durant l’hivernage. Tout cela m’inquiète, mais je n’en fais part à personne, nous sommes tous dans le même cas de figure au village. Et puis, Fatoumata, attend notre troisième enfant. Ce sera un fils m’a assuré …
« Papaaaaa ! »
Là c’est carrément les deux en même temps ! Ca doit être aussi grave que le sommet de Yalta et la conférence de Potsdam réunis ! On s’approche dangereusement de la Troisième Guerre Mondiale. Je vole, je fonce, évitant de justesse un laurier nain qui se met entre elles et moi !
Non en fait, j’y vais du pas tranquille du trappeur. Quelque part entre l’Orénoque et le delta du Mékong. (Je sais que me géographie est un peu parcellaire, mais je me plais à imaginer qu’il y a aussi des trappeurs Globe Trotteurs !). Je suis la pis te d’un loup. Non d’un ours ! C’est mieux un ours. Il est grand, féroce et a déjà boulotté deux ou trois de mes camarades. Et là il va s’en prendre à deux demoiselles en détresse. Mais je suis le plus grand des chasseurs de cette partie du globe. J’ai a mon actif la mort prématurée et douloureuse d’un troupeau entier d’alligator qui infestaient les marigots de Bénarès, d’une meute complète de loups qui pourchassait les femmes de cosaques dans les immenses steppes de Sibérie Orientale, et enfin d’une famille d’ours mangeur d’hommes du Sud Est des Rocheuses, qui régulièrement faisait son quatre heure de certains enfants.
Bref, je suis un trappeur comme il n’en existe plus. J’aime descendre les fleuves sur mon canoë, pêcher le King Salmon à la main en sentant l’eau glacée sur mes avants bras. Je n’ai pas de femme. J’en ai cent. Une dans chaque ville pour être précis. Et je vous prie de croire que de Vientiane à l’embouchure du Saint Laurent ça en fait des ports.
« Papapapaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa ! »
C’est la grande qui est entrain de se tenir la main gauche pendant que la petite regarde d’un air un peu hébété le bâton quelle tient.
Elles pleurent soudain. Des fontaines. Je m’approche et constate les dégâts : le poignet est tordu bizarrement.
Je console comme je peux. Je n’ai pas envie de gronder qui que ce soit d’ailleurs. Je préviens juste que nous allons faire un grand voyage à travers la ville qui va nous amener dans la salle d’attente des urgences.
Les larmes coulent moins fort.
« Tu vois ma Grande, les urgences, c’est un endroit un peu magique ! Y’a toujours des gens qui y vont parce qu’ils savent que là bas ils vont rencontrer plein de gens qui les guérisse. Des shamans blanc en blouse blanche ! Ils vont de donner une potion magique qui va te calmer le bobo et puis tu auras surement un joli plâtre qu’on décorera avec des Princesses. »
On monte dans la voiture.
Le voyage, le vrai, commence.
Dont ask me why…(no more sorrow)
A Caty. pour le sourire…
Ma vie a pris une tournure que je n’avais jamais envisagé auparavant, à vrai dire. Passer du confortable statut de papa en couple à la situation sentimentale, sociale et pécuniaire stable, à une situation où chaque jour est une sorte de combat pour redevenir quelqu’un n’est pas si simple, je dois l’avouer. Je ne vous dirais pas que j’ai tout perdu dans cette séparation, ce serait mentir. J’ai obtenu assez facilement la garde partagée de mes filles, j’ai pu sauvegarder ma maison et mon travail n’a jamais été vraiment remis en cause.
Mais…
J’ai perdu quelques personnes en cours de route. Des ami(e)s qui se sont sentit obligés, à un instant, de faire un choix, par exemple. Là est le point nodal de toutes relations: vous construisez à deux. Beaucoup de choses. Ainsi je faisais partie du groupe de 49,7% des français de sexe masculin qui étaient mariés ou en “couple” en 2009 selon le toujours très sérieux INSEE. Je ne sais toujours pas si j’étais le 49,6 ou le 49,7. Il faut dire que mes amis de l’Institut sont très à cheval sur les chiffres. Ainsi, dans cette statistique, ils ne tiennent compte que des hommes de plus de 15 ans et de moins que mort. Donc, si vous êtes en couple à 14 ans c’est cuit. Dans tous les sens du terme après tout!
Bref, j’étais un chiffre normal en somme. J’étais membre du club des 0,6-2,2, à savoir que nous dépensions environ 0,6% de notre budget pour nourrir nos poissons rouges (que le juge a bien voulu me donner) et que 2,2% de nos ressources étaient dévolues à l’achat de bien non dépendant du tourisme, mais de loisir. (données de 2005). Vous vous rendez compte quand même? Où passait cet argent? Mystère. Surement en licence pour la danse de ma grande, en achat de tutus et ballerines. Ou autres. Bref, toujours est il que ce statut vous va comme un gant. De chirurgien. Qui colle à la peau.
Sauf que, vos amis décident pour vous, un jour, de ce qui est bon. En prenant partie parfois. Et là les stats elles volent en éclat, j’vous le dit moi! Parce que le bon copain qui se raméne avec un hamster, jugeant que ça vous fera de la compagnie, il voit pas lui, que votre budget assez riquiqui va voler en éclat à cause de la litiére de l’autre andouille qui ne sait que roupiller. Mais voilà, y a vos fillettes qui le regarde emerveillées, pendant quelques jours, après ça passe, elles pensent à autre chose. Et vous vous voyez leurs yeux qui brillent aux cabrioles de la bestiole. alors, vous dîtes “Merci mon vieux Jacques.”
Sauf que le vieux Jacques pendant qu’il vous offre des hamsters à la con, il s’empresse d’inviter votre ex femme à Marrakech! L’enfoiré! Bon ce n’était pas Marrakech, c’était Malo les Bains, mais tout de même…L’enfant de Marie. S’ensuit une pénible et confuse explication de sa part, où vous comprennez pêle mêle que votre ex n’était pas faite pour vous, mais bien pour lui, que ce petit Bordeaux est un peu vert, que de toute façon ça ne gâche en rien cette amitiée virile, parce qu’on est des hommes quand même, qui vous lie depuis trois ou cinq ans, et que votre ancienne est quand même bien roulée et que si votre poing frôle sa lèvre c’est simplement parce qu’il y avait une mouche dessus.
Bref, un pain dans la tronche qui brise un verre de Haut Médoc, certes un peu vert, et une vieille complicité!
Alors, vous êtes membres du très fermé groupe des personnes ayant portées des Atteintes Volontaires à L’intégrité Physique, qui ne représentait que 2,4% des faits de délinquance en 2006. Pas mal non? L’INSEE est catégorique: c’est 2,4% de poings dans la tronche ou de coup de boules, pas 2,45 ou 2,37%. S’agirait pas de déconner avec les mandales non plus.
Toutefois dans ce long parcours, vous rencontrez un jour ou l’autre, des personnes formidables. Je ne parle pas ici des potes, copains, amis qui vous ont soutenus quand vraiment ça n’allait pas. Eux, vous savez que c’est même pas la peine de leur dire, un regard suffit.
Non, je parle de ces rencontres un peu magiques où s’opère une alchimie bien particulière. La nuit, encore jeune, ne vous dévoile que l’envie de l’autre. Un jeune femme, aux yeux bleus. Mais passant l’envie vous apprenez à la connaitre. Lentement, par touches successives, par petits coups. Un peu comme une peinture de Monnet, une Impression que le temps avec elle n’a pas le même gout, la même texture. Ce n’est pas de l’amour, parce que vous ne savez pas pourquoi, mais vous ne vous sentez pas capable de l’aimer, mais vous ressentez soudain une immense affection, quelque chose qui n’est pas fraternel certes, mais qui vous fait vous soucier quand vous n’avez pas de nouvelles, et avoir un sourire intérieur quand elle est heureuse.Bref, un nouveau monde que vous ne soupçonniez pas. Quelque chose d’indécis dans la douceur.
Elle est votre amie, votre confidente, celle que vous appellez les soirs de cafard, les soirs où tout est noir parce que vos filles ne sont pas là, au chaud dans leurs draps, la respiration calme et lente. Elle que vous voulez voir heureuse, sans savoir pourquoi d’ailleurs.
Bref, d’un mal vous découvrez un bien, un beau et un vrai.
Et les gars de l’INSEE, je sais pas, mais franchement j’ai jamais vu de statistiques où vous évoquez ça moi, le bonheur d’apprécier l’autre. Ça vous dirait pas un petit sondage sur un panel représentatif de la société française? Ou vous aussi vous avez vos amitiés secrètes que vous ne voulez dévoiler?
Three Little Birds
Trois petits oiseaux. En fait, deux dans mon cas, ce qui prouve au moins une chose: je suis dans la norme française du nombre d’enfants par femme; même si je suis un homme, mais ne cherchez pas à comprendre surtout! Selon la toujours très sérieuse INSEE, à ce propos, je me fais une image surement fausse des gens qui y travaillent. Je vois des hommes en costumes gris anthracite qui manipulent jour et nuit des données, dont ils tirent une sorte de quintessence afin de nous la livrer. En fait, peut être que je me trompe? Ce sont surement de joyeux gaillards qui inventent des chiffres avec des virgules partout pour faire joli, en sifflant des Kronenbourgs ou des Valstar, habillés de tutus roses et de Docs Martins coquées. Donc selon cet institut, il s’avére que la française moyenne, ou la moyenne des française, met bas 1,9 fois à 2,0 fois. Selon les années. Nous sommes, derrière l’Irlande, le pays d’Europe de l’Ouest où le taux de reproduction est le plus élevé. Mais moi ce qui me choque, c’est qu’on parle du nombre d’enfants par femme, jamais par homme.
Vous me direz que l’homme lui ne porte pas d’enfant, sauf dans ses bras, les soirs tard quand le petit s’est endormi sur le canapé parce que vous receviez des invités et qu’il a tenté, vainement, de lutter contre le sommeil. Ou bien ces jours où tout fier de découvrir la station bipédique verticale, il tombe et se fait un bobo au genou, non pas là, mais là, aïe.
Bref, je suis donc moyen y compris dans mes copulations si j’écoute les statisticiens.
Sauf que ces messieurs oublient une chose: papa célibataire, ça signifie aussi que vous jouez le rôle de la maman. Enfin, les semaines où vous avez la garde de vos enfants. Parce que les semaines off vous jouez le rôle de personne.
Il se trouve que l’aînée de ma progéniture fait de la danse classique. Elle se pique d’être une sorte de Noureev féminin, qui sautillerait en pas chassés sur les parquets de la salle de danse. Elle n’a que six ans cependant, ce qui sous nos contrées éloignées de toute tentative stalinienne de récupération du sport par le Parti est somme toute jeune.
Bref.
Elle fait de la danse et comme chaque année se profile le Gala annuel de son école. Je dois avouer que jusque là, je laissais volontiers à sa mère, le soin de la maquiller, peigner et autre enjolivement typique de ce sport. Elle eut fait du lancé de marteau que c’eut été plus simple. Mais non. Quel manque d’originalité.
Donc me voilà contraint de mener à bien les tâches suivantes: réaliser un chignon, puis maquiller CORRECTEMENT une fillette de six ans qui rêve d’être la princesse d’un ou deux soirs. Sans l’aide d’une femme. J’ai bien appellé ma mère, à moi, à la rescousse. Elle m’a montré précisement la marche à suivre je dois dire. Mais ce qui semble évident à une dame de son âge ne l’est pas du tout, mais alors pas du tout, à un homme de mon âge. Un peu comme quand un mécanicien vous dit “C’est le flexible de la pompe.” “Ah? C’est grave?” “Oulaaaaaaaa…oui…”
Bon me voilà coiffant, aspergeant de fixateur et d’épingles pour que l’ensemble tienne, et oh miracle ça tient! Pas trop mal. Ma fille aura même cette remarque qui m’est allé droit au coeur: “C’est pas mal…Pourquoi y’a encore des cheveux devant?”
Enfant indigne!
Bref, bref, je véhicule mon monde vers la salle de répétitions. Benoitement je pense que je n’aurai qu’à la déposer et qu’elle sera prise en charge par sa prof. Que nenni! Que nenni!
Il me faut, dans la honte et la confusion la plus totale, la préparer! Imaginez moi, mâle plus ou moins viril, immergé au milieu de quarante ou cinquante gamines pas pubéres pour deux ronds, qui ricanent bêtement, entrain d’enfiler collant et tutu, tandis que la seconde de mes prunlles tente d’arracher le chignon de sa soeur! Imaginez moi, un peu balot, un peu lourdot, entrain d’essayer de mettre ces p***de chaussons de danse par dessus le collant et ce gilet croisé…Tout celà sous le regard guoguenard de matrone joufflues qui, elles, savent ce que c’est. Un homme au milieu de soixante femmes c’est d’habitude un rêve. Là on est pas loin de Freddy les griffes de la Nuit.
Et puis, j’ai cette abominable sensation d’être une sorte de pervers qui viendrait mater à la sortie des écoles.
Mon travail achevé, je file en catimini, emportant ma cadette sous mon bras.
Et je sais que je dois recommencer demain et les trois jours qui viennent.
Mon Dieu!
Et dire que les statisticiens de l’INSEE considèrent qu’il n’y a que les femmes qui font des enfants.
And the loser is…
“Ou pas…” Hommage à Carine T.
Y’a ceci de bien dans la séparation qu’elle vous permet une relative liberté dans vos rencontres de la future âme sœur. Bon jusque là vous n’aviez jamais osé regarder une autre femme que la votre. Enfin si, vous aviez osé! Mais quand elle ne vous regardait pas! Non mais. Votre femme hein, pas l’autre. Pas celle que vous regardiez quoi. Je m’embrouille là!
( NDA: ce blog n’est pas chronologique! Parce que j’ai pas envie de raconter ça au jour le jour. Alors autant vous y habituer dés maintenant. Voilà. On reprend.)
Donc, arrive cet instant béni des dieux; il va falloir passer par la case: je recherche une nouvelle partenaire, parce que la précédente m’a lâché en cours de route. Et là je vous jure on entre dans une sorte de quatrième dimension. C’est à peu prés aussi compliqué que de choisir une nouvelle voiture quand vous ne connaissez rien en mécanique. Et je ne connais rien en mécanique, et encore moins en mécanique du coeur.
Me voilà lancé, moi jeune papa (la dimension papa a son impotance!) sur la longue route de la conquête de l’âme soeur. Dur, très dur.
A priori je n’ai pas le caractère d’un tombeur. Je serais même l’inverse. Un mec lambda qui cache sa trouille sous une fausse désinvolture, une tonne de mots et un humour, comment dire, bancal? Bref, je ne suis pas Alain, même de loin, et je le sais.
Chacun d’entre vous, en cet instant, se pose la question suivante: où séduire? Evidemment la belle affaire! Où? Où? Où? Fais le hibou…
Parce que comment n’est pas le seul problème, il y a où, quand, qui, pourquoi…En fait, la séduction n’est qu’une suite de conjonction. Qui amèneront peut être à une coordination. Peut être. Ou pas.
Et de conjonctures en errements vous vous retrouvez à ne pas savoir. A ne plus savoir. Fini le temps des booms ou des soirées étudiantes que vous faisiez. Fini. Et fini, par conséquent, la succession de rencontres possibles, probables ou certaines.
Là il vous reste un QCM très simple: le net, les sorties, les activités.
Disons le de suite: si par moment j’ai envisagé de m’inscrire dans un club de Tango/poterie, je n’ai jamais mené ce projet à terme. Par manque de temps, d’envie, et de désir. Surement. Je me voyais mal, je le concède, faire semblant de pétrir une motte d’argile en toute conscience, dans le but avoué de me détendre l’esprit. De nature relativement casanière, je goute assez peu la proximité de mes semblables. Non que je sois misanthrope, loin de là! Vous comme moi, éprouvez par moment, ce besoin bien naturel de vous rassembler autour d’un bon plat, d’un verre de rosé un peu pâle, et de discuter de tout et de rien. Mais pas trop souvent. J’aime certains soirs être sur mon canapé à entendre Charlie Parker, en feuilletant distraitement une revue. Et plus souvent que vous ne le croyez.
Bref, le tango argile pas pour moi. Je sais que je me fermais une porte mais tant pis.
Les bars et autres lieux de rencontres. J’y reviendrai plus en détail. Un jour. Ou pas. Mais franchement ce ne sont pas des lieux de rencontres! Navré. Du moins pas en ce siècle assez hypocrite où ils nous font croire que les frontières abolies sont une réalité. Bref, offrir un café à une inconnue reste plus dangereux que de se promener nu dans Bagdad en hurlant “Mort aux cons!” C’est dire.
Enfin, il y a cette eldorado de la séduction qu’est le Net. Alors là! Mais alors là! Je vous dis même pas. Je vous dis tellement pas d’ailleurs que j’en parlerai demain ou après demain. Ou pas comme aime à le dire ma copine Carine quand elle a envie de vous moucher. Ou pas d’ailleurs.
Simplement: j’ai fais, je serais tout de même mesquin de le taire, de très belles rencontres sur le Net. Mais à quel prix? Et je vous parle au sens littéral du terme. Parce que je ne sais si ces dames payent, mais nous! Mon Dieu!
Bref, des rencontres j’en fais, j’en ai fais, j’en ferai. Ou pas.
De toute façon, là, mes deux souris dorment, et je vais aller à la rencontre de leur pote le marchande de sable. Et je dormirai en rêvant à elle. Ou elles. Ou pas.
This is the End…ou le début (va savoir)…
Ca vous arrive comme ça, un jour, un soir en fait, quand les deux filles sont au lit, repues d’histoires de fées, de plage et de soleil, de glaces vanille fraise et de coup de soleil bénins.
Ca vous arrive comme ça sans vraiment que vous vous y attendiez, sans vraiment non plus que ça vous étonne.
Ça vous arrive comme ça arrive à un couple sur trois, un couple sur deux en région parisienne, d’après les très sérieuses statistiques de l’INSEE. Sauf que jusque là les statistiques n’étaient que des chiffres noirs sur le blanc du papier (ou rose quand il vous arrivait de vous aventurer dans les pages saumon du Figaro).
Ca vous arrive donc un soir autour d’un Bandol bien frais, un matin en partant au boulot, une après midi à la fin d’une sieste qui n’a plus grand chose de crapuleuse.
Elle vous regarde, les yeux vaguement humides, un peu bovins pour tout dire, elle ne sait comment vous le dire, mais vous sentez intérieurement qu’elle ne compte pas vous parler du dernier Marie Claire ou des résultats de votre progéniture en baby tennis.
Non l’oeil tremblote, la bouche s’affaisse un peu, les mains se tortillent comme deux anguilles hors de la flotte. Les mots ne franchissent pas le Rubicond (je sais que ça fait on ne peut plus cliché, mais à vrai dire c’est pour éviter une répétition!). Bref, elle tergiverse.
Elle panique comme dans la chanson de je ne sais plus qui. Une chanteuse à texte surement. Ou à gros seins. C’est un peu pareil ceci dit. Quoique le célibat va vous apprendre une chose: les gros seins sont quand même plus agréables que les textes. Enfin, plus concrets en tout cas.
Et là: “Je te quitte”.
Ah…
C’était pas vraiment prévu au programme de vos vacances ça. Vous aviez envisagé plage, détente, pêche si l’idée de titiller le bigorneau vous passe parfois dans la tête, quelques jeux avec vos fillettes, des châteaux de sable qu’on construit pour mieux les reconstruire, bref ce qui fait le charme, relativement désuet, je vous l’accorde, des vacances sur les bords de l’Océan Atlantique quelque part près de La Rochelle.
Vous avez, comme moi je pense, hésité entre: le rire salvateur qui détend l’atmosphère, le pet tout aussi salvateur mais quand même moins classe, vous jeter à ses pieds en pleurant comme une madeleine même pas de Commercy, ou vous resservir une boisson.
J’ai opté pour la boisson. Je me souviens encore du goût sirupeux du Coca tiéde qui coulait dans ma gorge pas trop sèche. Oui tiède parce que la proprio de votre location ne m’avait pas prévenu que le réfrigérateur était un peu plus petit qu’un Légo.
Donc j’ai bu la coupe, même pas jusqu’à la lie, puisque j’avais pas trop soif. C’est une ruse dans les westerns ça, la boisson. Quand le cow-boy, généralement beau, fort et intelligent, mais un brin cynique, s’appréte à dire un truc super intelligent, avant il boit une gorgée. De Whisky, lui. Mais c’est un homme un vrai.
Et à vrai dire je n’aime pas le Whisky. Et je me voyais mal boire une grande gorgée du Banga de mon ainée. Question de crédibilité.
Et à cet instant, le temps est suspendu. Les mouches s’arrêtent même de vombrire. La phrase est sur le bord de votre bouche…
“Hein?”
“Je te quitte…Je suis désolée.”
“Mais…Pourquoi?”
“J’en peux plus.”
” Comment ça t’en peux plus?”
Et là suit une longue, très longue, mélopée de tout ce qui ne va pas CHEZ VOUS. Pas chez elle. Pas encore.
Ah oui ça c’est la phase 2: l’autodénigrement. Nous y reviendrons.
Donc il apparait qu’en 16 ans de vie commune, vous n’avez pas grand chose de bon à votre actif. Ah si quand même. Deux enfants. Et encore…
Vous vous rendez compte, là, en cet instant où les mouches recommencent à voler, que c’est vraiment la fin. Enfin le début de la fin. Parce que tout n’est pas terminé. Loin de là! Au contraire, devrais je dire, tout commence.
Et j’vous jure que ce qui vient de vous arriver c’est du pipi de chat.