This is the End…ou le début (va savoir)…
Ca vous arrive comme ça, un jour, un soir en fait, quand les deux filles sont au lit, repues d’histoires de fées, de plage et de soleil, de glaces vanille fraise et de coup de soleil bénins.
Ca vous arrive comme ça sans vraiment que vous vous y attendiez, sans vraiment non plus que ça vous étonne.
Ça vous arrive comme ça arrive à un couple sur trois, un couple sur deux en région parisienne, d’après les très sérieuses statistiques de l’INSEE. Sauf que jusque là les statistiques n’étaient que des chiffres noirs sur le blanc du papier (ou rose quand il vous arrivait de vous aventurer dans les pages saumon du Figaro).
Ca vous arrive donc un soir autour d’un Bandol bien frais, un matin en partant au boulot, une après midi à la fin d’une sieste qui n’a plus grand chose de crapuleuse.
Elle vous regarde, les yeux vaguement humides, un peu bovins pour tout dire, elle ne sait comment vous le dire, mais vous sentez intérieurement qu’elle ne compte pas vous parler du dernier Marie Claire ou des résultats de votre progéniture en baby tennis.
Non l’oeil tremblote, la bouche s’affaisse un peu, les mains se tortillent comme deux anguilles hors de la flotte. Les mots ne franchissent pas le Rubicond (je sais que ça fait on ne peut plus cliché, mais à vrai dire c’est pour éviter une répétition!). Bref, elle tergiverse.
Elle panique comme dans la chanson de je ne sais plus qui. Une chanteuse à texte surement. Ou à gros seins. C’est un peu pareil ceci dit. Quoique le célibat va vous apprendre une chose: les gros seins sont quand même plus agréables que les textes. Enfin, plus concrets en tout cas.
Et là: “Je te quitte”.
Ah…
C’était pas vraiment prévu au programme de vos vacances ça. Vous aviez envisagé plage, détente, pêche si l’idée de titiller le bigorneau vous passe parfois dans la tête, quelques jeux avec vos fillettes, des châteaux de sable qu’on construit pour mieux les reconstruire, bref ce qui fait le charme, relativement désuet, je vous l’accorde, des vacances sur les bords de l’Océan Atlantique quelque part près de La Rochelle.
Vous avez, comme moi je pense, hésité entre: le rire salvateur qui détend l’atmosphère, le pet tout aussi salvateur mais quand même moins classe, vous jeter à ses pieds en pleurant comme une madeleine même pas de Commercy, ou vous resservir une boisson.
J’ai opté pour la boisson. Je me souviens encore du goût sirupeux du Coca tiéde qui coulait dans ma gorge pas trop sèche. Oui tiède parce que la proprio de votre location ne m’avait pas prévenu que le réfrigérateur était un peu plus petit qu’un Légo.
Donc j’ai bu la coupe, même pas jusqu’à la lie, puisque j’avais pas trop soif. C’est une ruse dans les westerns ça, la boisson. Quand le cow-boy, généralement beau, fort et intelligent, mais un brin cynique, s’appréte à dire un truc super intelligent, avant il boit une gorgée. De Whisky, lui. Mais c’est un homme un vrai.
Et à vrai dire je n’aime pas le Whisky. Et je me voyais mal boire une grande gorgée du Banga de mon ainée. Question de crédibilité.
Et à cet instant, le temps est suspendu. Les mouches s’arrêtent même de vombrire. La phrase est sur le bord de votre bouche…
“Hein?”
“Je te quitte…Je suis désolée.”
“Mais…Pourquoi?”
“J’en peux plus.”
” Comment ça t’en peux plus?”
Et là suit une longue, très longue, mélopée de tout ce qui ne va pas CHEZ VOUS. Pas chez elle. Pas encore.
Ah oui ça c’est la phase 2: l’autodénigrement. Nous y reviendrons.
Donc il apparait qu’en 16 ans de vie commune, vous n’avez pas grand chose de bon à votre actif. Ah si quand même. Deux enfants. Et encore…
Vous vous rendez compte, là, en cet instant où les mouches recommencent à voler, que c’est vraiment la fin. Enfin le début de la fin. Parce que tout n’est pas terminé. Loin de là! Au contraire, devrais je dire, tout commence.
Et j’vous jure que ce qui vient de vous arriver c’est du pipi de chat.
C’est authentique et malgré tout pas indécent, ça parle de la vie, des choses qu’on croit courantes et qui sont racontées ici avec tellement de douceur, de finesse et… d’amour.