Three Little Birds
Trois petits oiseaux. En fait, deux dans mon cas, ce qui prouve au moins une chose: je suis dans la norme française du nombre d’enfants par femme; même si je suis un homme, mais ne cherchez pas à comprendre surtout! Selon la toujours très sérieuse INSEE, à ce propos, je me fais une image surement fausse des gens qui y travaillent. Je vois des hommes en costumes gris anthracite qui manipulent jour et nuit des données, dont ils tirent une sorte de quintessence afin de nous la livrer. En fait, peut être que je me trompe? Ce sont surement de joyeux gaillards qui inventent des chiffres avec des virgules partout pour faire joli, en sifflant des Kronenbourgs ou des Valstar, habillés de tutus roses et de Docs Martins coquées. Donc selon cet institut, il s’avére que la française moyenne, ou la moyenne des française, met bas 1,9 fois à 2,0 fois. Selon les années. Nous sommes, derrière l’Irlande, le pays d’Europe de l’Ouest où le taux de reproduction est le plus élevé. Mais moi ce qui me choque, c’est qu’on parle du nombre d’enfants par femme, jamais par homme.
Vous me direz que l’homme lui ne porte pas d’enfant, sauf dans ses bras, les soirs tard quand le petit s’est endormi sur le canapé parce que vous receviez des invités et qu’il a tenté, vainement, de lutter contre le sommeil. Ou bien ces jours où tout fier de découvrir la station bipédique verticale, il tombe et se fait un bobo au genou, non pas là, mais là, aïe.
Bref, je suis donc moyen y compris dans mes copulations si j’écoute les statisticiens.
Sauf que ces messieurs oublient une chose: papa célibataire, ça signifie aussi que vous jouez le rôle de la maman. Enfin, les semaines où vous avez la garde de vos enfants. Parce que les semaines off vous jouez le rôle de personne.
Il se trouve que l’aînée de ma progéniture fait de la danse classique. Elle se pique d’être une sorte de Noureev féminin, qui sautillerait en pas chassés sur les parquets de la salle de danse. Elle n’a que six ans cependant, ce qui sous nos contrées éloignées de toute tentative stalinienne de récupération du sport par le Parti est somme toute jeune.
Bref.
Elle fait de la danse et comme chaque année se profile le Gala annuel de son école. Je dois avouer que jusque là, je laissais volontiers à sa mère, le soin de la maquiller, peigner et autre enjolivement typique de ce sport. Elle eut fait du lancé de marteau que c’eut été plus simple. Mais non. Quel manque d’originalité.
Donc me voilà contraint de mener à bien les tâches suivantes: réaliser un chignon, puis maquiller CORRECTEMENT une fillette de six ans qui rêve d’être la princesse d’un ou deux soirs. Sans l’aide d’une femme. J’ai bien appellé ma mère, à moi, à la rescousse. Elle m’a montré précisement la marche à suivre je dois dire. Mais ce qui semble évident à une dame de son âge ne l’est pas du tout, mais alors pas du tout, à un homme de mon âge. Un peu comme quand un mécanicien vous dit “C’est le flexible de la pompe.” “Ah? C’est grave?” “Oulaaaaaaaa…oui…”
Bon me voilà coiffant, aspergeant de fixateur et d’épingles pour que l’ensemble tienne, et oh miracle ça tient! Pas trop mal. Ma fille aura même cette remarque qui m’est allé droit au coeur: “C’est pas mal…Pourquoi y’a encore des cheveux devant?”
Enfant indigne!
Bref, bref, je véhicule mon monde vers la salle de répétitions. Benoitement je pense que je n’aurai qu’à la déposer et qu’elle sera prise en charge par sa prof. Que nenni! Que nenni!
Il me faut, dans la honte et la confusion la plus totale, la préparer! Imaginez moi, mâle plus ou moins viril, immergé au milieu de quarante ou cinquante gamines pas pubéres pour deux ronds, qui ricanent bêtement, entrain d’enfiler collant et tutu, tandis que la seconde de mes prunlles tente d’arracher le chignon de sa soeur! Imaginez moi, un peu balot, un peu lourdot, entrain d’essayer de mettre ces p***de chaussons de danse par dessus le collant et ce gilet croisé…Tout celà sous le regard guoguenard de matrone joufflues qui, elles, savent ce que c’est. Un homme au milieu de soixante femmes c’est d’habitude un rêve. Là on est pas loin de Freddy les griffes de la Nuit.
Et puis, j’ai cette abominable sensation d’être une sorte de pervers qui viendrait mater à la sortie des écoles.
Mon travail achevé, je file en catimini, emportant ma cadette sous mon bras.
Et je sais que je dois recommencer demain et les trois jours qui viennent.
Mon Dieu!
Et dire que les statisticiens de l’INSEE considèrent qu’il n’y a que les femmes qui font des enfants.
Dommage pour les fautes, faut vous faire relire mon tit môssieur!