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Voyage dans une tasse

Ce texte a été publié sur le blog Acteplumes de Catherine et sur Oniris.be…

Ouf ça y est, enfin, les deux fillettes sont dehors, la cuisine est vaguement rangée, le balai passé plus ou moins. J’ai bien sur oublié quelques coins, mais finalement est ce bien grave ? Je me pose dans mon canapé, une tasse de café devant moi. Elles vont jouer à chasser les escargots, à inventer des papillons, à cueillir des fleurs qui sécheront ensuite sur une étagère entre un Simenon et LF Céline. Mon café étire ses volutes de vapeur embaumant la pièce.

Je suis bien. Je repense à

« Papaaaaaaaa ! »

Je ne pense à rien ! Je sors par la grande baie vitrée m’arrachant auparavant avec une grimace du canapé.

« Oui ma grande ?

-          Pourquoi les nuages il y en a pas aujourd’hui ?

-          Bin c’est qu’il fait beau c’est tout !

-          Oui mais moi j’adore les nuages.

-          Et moi je voudrais bien boire mon café. Tu vas jouer avec ta sœur s’il te plait ? »

Je laisse ma Grande en pleine réflexion sur les stratégies fourbes des cumulonimbus qui disparaissent comme ça sans prévenir les salauds ! Et bois une gorgée de café.

La première la plus forte, celle qui m’expédie directement au Brésil quelque part dans une plantation J’aurai pu devenir planteur tiens ! J’aurai négocié les prix âprement avec les multinationales américaines, j’aurai parcourut l’Amérique du Sud  sur les pas du Che, buvant le Maté dans les faubourgs de Bogota, descendant l’Amazone au rythme lent de ma pirogue, assaillit par une armée de moustiques, mais content sous le soleil couchant.

J’aurai surement prit femme, une beauté amérindienne et nous aurions eu

« Papaaaaaaa !

Pfff cette fois c’est la seconde de ma couvée. Qu’est ce qui se passe encore ?

-          Oui ?

-          Pourquoi les cargots sont pas là ? (Comprendre : pourquoi la coquille est désertée par un gastéropode avide de frissons !)

-          Il est partit en voyage ma chérie. Il est allé chercher une autre maison. Quelque part dans le jardin. Regarde bien tu vas le trouver.

-          Vouiiiiii. »

Et hop c’est partit.

Deuxième gorgée. Moins forte, plus acide et douce. Comme la peau d’une femme presque. Une grande femme noire au sourire blanc. Qui vit quelque part près de Tombouctou. Qui m’accueille le soir, de ses yeux francs et étincelants, avec une flopée de marmots qui eux aussi rient. C’est ma compagne, nous vivons en brousse à des lieues de toute civilisation concrète. Le soir, Amadou, le griot, chante les victoires de nos ancêtres Peuls. Notre case n’est pas grande, nos vaches sont maigres et nous ne sommes pas sur cette année que la récolte de riz sera bonne, il a peu plut durant l’hivernage. Tout cela m’inquiète, mais je n’en fais part à personne, nous sommes tous dans le même cas de figure au village. Et puis, Fatoumata, attend notre troisième enfant. Ce sera un fils m’a assuré …

« Papaaaaa ! »

Là c’est carrément les deux en même temps ! Ca doit être aussi grave que le sommet de Yalta et la conférence de Potsdam réunis ! On s’approche dangereusement de la Troisième Guerre Mondiale. Je vole, je fonce, évitant de justesse un laurier nain qui se met entre elles et moi !

Non en fait, j’y vais du pas tranquille du trappeur. Quelque part entre l’Orénoque et le delta du Mékong. (Je sais que me géographie est un peu parcellaire, mais je me plais à imaginer qu’il y a aussi des trappeurs Globe Trotteurs !). Je suis la pis te d’un loup. Non d’un ours ! C’est mieux un ours. Il est grand, féroce et a déjà boulotté deux ou trois de mes camarades. Et là il va s’en prendre à deux demoiselles en détresse. Mais je suis le plus grand des chasseurs de cette partie du globe. J’ai a mon actif la mort prématurée et douloureuse d’un troupeau entier d’alligator  qui infestaient les marigots de Bénarès, d’une meute complète de loups qui pourchassait  les femmes de  cosaques dans les immenses steppes de Sibérie Orientale, et enfin d’une famille d’ours mangeur d’hommes du Sud Est des Rocheuses, qui régulièrement faisait son quatre heure de certains enfants.

Bref, je suis un trappeur comme il n’en existe plus. J’aime descendre les fleuves sur mon canoë, pêcher le King Salmon à la main en sentant l’eau glacée sur mes avants bras. Je n’ai pas de femme. J’en ai cent. Une dans chaque ville pour être précis. Et je vous prie de croire que de Vientiane à l’embouchure du Saint Laurent ça en fait des ports.

« Papapapaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa ! »

C’est la grande qui est entrain de se tenir la main gauche pendant que la petite regarde d’un air un peu hébété le bâton quelle tient.

Elles pleurent soudain. Des fontaines. Je m’approche et constate les dégâts : le poignet est tordu bizarrement.

Je console comme je peux. Je n’ai pas envie de gronder qui que ce soit d’ailleurs. Je préviens juste que nous allons faire un grand voyage à travers la ville qui va nous amener dans la salle d’attente des urgences.

Les larmes coulent moins fort.

« Tu vois ma Grande, les urgences, c’est un endroit un peu magique ! Y’a toujours des gens qui y vont parce qu’ils savent que là bas ils vont rencontrer plein de gens qui les guérisse. Des shamans blanc en blouse blanche ! Ils vont de donner une potion magique qui va te calmer le bobo et puis tu auras surement un joli plâtre qu’on décorera avec des Princesses. »

On monte dans la voiture.

Le voyage, le vrai, commence.

Catégories:Childrens
  1. Lou
    avril 3, 2011 à 4:50 | #1

    Vous avez une très jolie plume et une chouette imagination. Vous devez être un sacré papa.

  1. Pas encore de rétroliens.

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